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Le DANUBE

La Renaissance d'un fleuve

Symbole de l’Europe, le Danube a connu des crises mais avec le temps et la construction européenne c’est devenu un trait d’union en pays pauvres et riches, et un réel exemple de coopération.

Le fleuve a toujours été une voie navigable pour le transport de marchandises et c’est pour cette raison qu’en 1948 les dix pays riverains (plus la Russie) ont décidé de créer la Commission Européenne du Danube, en charge d’assurer une navigation libre, simplifiée et plus sûre sur le fleuve. En 1998, suite aux premières alertes écologiques, il fut créé la Commission internationale de protection du Danube pour assurer une gestion durable et équitable de la ressource, permettre le contrôle des risques d’inondation et pollution accidentelle, et réduire la charge polluante débouchant sur la Mer Noire.

Le Danube prend sa source en Forêt-Noire allemande et traverse l’Europe d’Ouest en Est sur plus de 3000km en passant par quatre capitales (Vienne, Bratislava, Budapest et Belgrade) et dix pays avant de former un delta entre la Roumanie et l’Ukraine et se jeter dans la mer Noire.

Il y a 9 000 ans naquit à Lepenski Vir en Serbie la première civilisation européenne qui mettait déjà le Danube au cœur de ses croyances avec des sculptures à tête humaine et corps de poisson. Au fil des millénaires les hordes envahirent l’Europe avant d’être contrôlée par l’empire romain, puis en l’an 800 par Charlemagne, qui rêvait de réunir le Rhin et le Danube par un canal. Celui-ci ne verra le jour qu’au XIXe siècle. Depuis, les hommes n’ont eu de cesse d’endiguer le fleuve pour lutter contre les crues et faciliter la navigation.

Grâce au fleuve, l’Europe a pu prospérer et ainsi développer l’architecture, la culture et l’art, notamment la musique avec Mozart, Strauss ou Beethoven. Une richesse incroyable qui demande aussi de l’énergie : une douzaine de barrages ont été construits en amont de Vienne et d’autres plus récents et plus colossaux en aval. Le barrage de Djerdap, dans le défilé des Portes de Fer, qui fournit de l’électricité à la Roumanie et à la Yougoslavie, est l’un des plus grands au monde.

Pour édifier le barrage tchécoslovaque de Gabcikovo et celui hongrois de Nagymaros, les deux pays ont signé un traité bilatéral en 1977. Mais les tchécoslovaques ont détourné les eaux du Danube, asséchant toute la plaine alluviale en aval. La Hongrie, mécontente des effets sur l’environnement, a refusé de construire de son côté le barrage de Nagymaros, indispensable au bon fonctionnement du barrage slovaque. Les deux pays sont allés en 1993 devant la Cour internationale de justice qui les a condamnés tous les deux pour infraction aux termes de leur traité... mais le différent n’est aujourd’hui toujours pas réglé.

Malgré tout, le Danube possède encore des trésors, pratiquement disparus d’Europe occidentale : des plaines alluviales. Ces zones naturelles peuplées d’arbres centenaires sont des éponges qui absorbent les crues et restituent l’eau peu à peu ensuite. Ce sont aussi des écosystèmes très riches. 80% d’entre elles ont déjà disparu. Heureusement, des ententes internationales permettent de les protéger. Des associations d’Autriche, Slovénie, Croatie, Hongrie et Serbie ont fait dossier commun pour défendre l’Amazonie d’Europe - une zone humide de 7 000 hectares menacée par une succession de sept barrages. Un étonnant partenariat a été signé entre le WWF et Coca Cola pour protéger les zones humides et créer des corridors verts le long du Danube et de ses affluents (Hongrie, Croatie, Serbie, Roumanie, Bulgarie et Autriche). Les anciens marais de la plaine alluviale seront reconnectés au fleuve, de sorte que 5 000 hectares de cette zone puissent être inondés à nouveau (12 millions m3 d’eau) et ainsi également réguler les crues du Danube.

Comme sur le Mékong, les barrages qui retiennent les sédiments, ont un effet immédiat sur le delta qui n’est plus alimenté en matériaux. Celui du Danube recule de dix mètres par an. Il occupe encore un territoire immense couvert de roselières difficilement pénétrables. C’est le refuge d’un peuple de pêcheurs d’origine russe, les Lipovènes, aux maisons de boue et de paille. Et aussi d’une faune rare, dont les célèbres pélicans et les chevaux sauvages. Le delta, 2 700 km2, qui accueille 150 espèces de poissons et 300 d’oiseaux, est heureusement une réserve de biosphère et patrimoine de l’Unesco.

Ce qui n’empêche pas les pays riverains de se disputer. La Roumanie reproche à l’Ukraine d’avoir percé le canal de Bystroe pour accéder directement au Danube sans leur payer de taxes. « L’aménagement de ce canal est une idée stupide, sans même parler des conséquences environnementales », estime le professeur Berlinski, de l’institut hydrologique d’Odessa. Mais une menace plus grave pèse sur cet écosystème unique : cent milliards de mètres cubes de gaz et dix milliards de tonnes de pétrole se cacheraient sous ses eaux.

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Carte du Gange

Le Danube (3000 km de long) prend sa source en Forêt-Noire allemande puis traverse 10 pays avant de se jeter dans la mer Noire.

GEO France - Danube (Oct 2020)

GEO France
Publication en octobre 2020


BONUS
- Le Liberland sur GEO

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